Historique de la Double Mobilité
En 1974 lorsque le Professeur Gilles BOUSQUET commença à réfléchir à ce qui allait devenir la double mobilité, la situation était plus ou moins la suivante :
D’une part nous avions des tiges avec une petite tête fémorale de 22 mm dans un cotyle cimenté en polyéthylène.
Il s’agit de la prothèse de CHARNLEY, première prothèse de hanche « moderne » en 1962, qui reste toujours la « Gold Standard » des PTH avec tous les avantages du principe de la low friction de CHARNLEY avec une faible usure dans le temps mais aussi son principal problème qui est la luxation.
L’idée simple du Pr Gilles BOUSQUET, était de combiner ces deux avantages :
la low-friction de la CHARNLEY de la petite tête de 22 mm et l’anti-luxation de la grosse tête de 32 mm.
Le Pr Michel-Henry FESSY nous a rappelé dans un article de Maitrise Orthopédique qu’à l’origine du concept de la double mobilité, il y aurait les idées de CHRISTIANSEN. Ce chirurgien publie en 1969 son expérience dans l’arthroplastie de la hanche, avec un implant très original, qu’il utilise depuis 1964. La tige est fixée dans le fémur ; il existe un col fémoral cylindrique sur lequel est emboîté une pièce en Delrin de grand diamètre. Il repose par son plan équatorial sur une collerette. Ce Delrin est armé d’une cupule en Inox .Il peut tourner autour de l’axe du col en s’appuyant sur la collerette. La cupule inox peut tourner autour du Delrin, uniquement autour de l’axe du col, du fait de la géométrie des pièces. Cette pièce en inox s’articule avec l’acetabulum dans la version intermédiaire, et avec une cupule fixée dans le bassin dans la version prothèse totale. Dans les années 70, il a été mis l’accent sur les défauts d’un tel système. Il existe, en particulier, une usure du Delrin par bascule en varus autour de l’axe du col et sur la collerette.
Voici donc les étapes qui ont mené le Pr Gilles BOUSQUET et André RAMBERT, ingénieur, Professeur de mécanique à l’ECAM à Lyon, au principe de la double mobilité.
Son premier essai, en 1974, à consisté à faire comme une sorte de bipolaire mais tout en polyéthylène.
La différence par rapport à une bipolaire est qu’il n’y avait pas d’anneau rétentif et que le polyéthylène était en contact direct avec l’os.
Le résultat fut décevant comme peut le montrer cet explant sur lequel on voit les dommages au bout d’un an.
Néanmoins, le concept d’un insert libre autour d’une tête dans une cavité acétabulaire avait germé.
Le 2e essai, en 1976, a consisté à ajouter une cupule métallique libre interposée entre l’insert polyéthylène et l’os.
Hélas l’échec fut encore plus précoce puisqu’au bout d’un mois la cupule métallique avait complètement basculée venant en conflit avec le col prothétique et cette cupule métallique s’était brisée en plusieurs morceaux.
Il devenait évident que la cupule métallique devait être fixée !
Ainsi au 3e essai en 1977, une cupule plus épaisse était cimentée dans l’acetabulum et le polyéthylène libre dedans était encapsulé sur la tête fémoral.
C’est la naissance de la double mobilité ou double articulation. Nous sommes en 1977 et nous la devons au Professeur Gilles BOUSQUET.
Après avoir cimenté cette cupule métallique comme les cotyles polyéthylènes standard, Gilles BOUSQUET a imaginé une fixation tripolaire toujours cimentée dans un premier temps.
Très vite en effet vint la nécessité d’avoir une cupule non cimentée
C’est en 1979 que Daniel NOYER, un des assistants à l’époque du Pr Gilles BOUSQUET, créa une cupule double articulation non cimentée avec des macrostructures et 2 pattes située à l’hémisphère de la cupule.
Daniel NOYER est actuellement un des membres de notre groupe GILES
Au même moment, Pr BOUSQUET, proposa une cupule non cimentée connu en France pour être la véritable cupule double articulation « Originale » avec un système de fixation tripode.
Le Cotyle NOVAE de la société SERF
Le revètement dans les 2 cas était en alumine
Ce concept est utilisé en France comme vous pouvez le voir depuis plus de 30 ans et n’a nullement changé depuis, hormis les dessins extérieurs
Rapidement sur le plan clinique le caractère anti-luxant de ce cotyle a été une évidence.
Depuis 1962, date de la première prothèse de hanche, après les premiers essais des frères JUDET en 1946-1948, la luxation est devenue un risque majeur dans cette chirurgie.
Si l’on regarde la littérature en première intention pour une prothèse standard le taux de luxation varie entre 1 à 9%, ce même taux pouvant atteindre 30% dans le cadre des révisions.
En France tout le monde connaît l’étude faite par le CHU de Caen qui rapporte une luxation pour 1100 prothèses posées en 1ére intention et un taux inférieur à 4,75% dans le cadre de révision.
Précision faite que nous procédons pour la très grande majeure partie des chirurgiens en France par des voies d’abord postérieures.
Enfin il n’est pas rare de voir toujours des patients avec la prothèse du Pr BOUSQUET qui ont même parfois plus de 20 ans d’implantation et qui vont très bien.
Deux études en France sont venues conforter les impressions cliniques :
La première celle de service du Pr BOUSQUET à St Etienne bien sur mais aussi celle du service du Pr AUBRIOT au CHU de Caen qui a été le seul à suivre cette idée à l ‘époque.
Ces deux études ont été publiées dans la RCO et concernent la survie de la cupule de BOUSQUET à 15 ans.
L’étude du CHU de St Etienne de février 2008 trouve un taux de survie à 15 ans de 89,2%.. Les conclusions sont l’absence effective de luxation mais il en ressort 2 types d ’échec :
1) la fixation primaire faible de la cupule qui était sans macrostructure et sans HAP.
2) la luxation intra-prothétique !
L’étude du CHU de Caen de novembre 2007, réputée pour être beaucoup plus impartial, montre que selon Kaplan-Meier et en prenant compte tous les patients, quelque soit l’échec, la survie à 15 ans est de 84,4%.
Les conclusions sont quasiment les mêmes qu’à St Etienne :
1) Taux de luxation faible et une bonne survie même à long terme de cette cupule.
2) Problème de fixation primaire de la cupule.
De plus en plus de communications concernant l’usure des PE sont disponibles en France, mais celle faite au CHU de Saint-Etienne en novembre 2000, par le successeur de G. Bousquet, le Pr Michel-Henry FESSY concerne 50 explants.
Pour faire partie de l’étude, l’implant devait avoir été implanté au moins 3 ans et le temps d’implantation moyen était de 9 ans et 2 mois.
Les résultats et conclusions de cette étude sont qu’il n’y a pas d’usure significative sur la convexité de l’insert, c’est-à-dire que ce qui a été mesuré était toujours dans les limites de tolérances d’usinage de ces liners.
Dans le même temps, cette étude pointait du doigt les mêmes causes d’échec que celles déjà exposées.
Voici un explant à 19 ans où on peut même discerner encore les stries d’usinage du liner.
Effectivement, les double-articulations de 1ère génération ont eu un nombre d’échec, non pas par l’usure massive du liner sur sa partie extérieure convexe comme on aurait pu le penser, mais essentiellement par l’usure de sa partie interne rétentive !
On voit alors des migrations de têtes fémorales passant au travers de l’insert en PE car, une fois la rétentivité rongée à l’extrême, l’insert se bloque dans une position et la tête progresse au travers ou bien la tête sort complètement de l’insert et vient buter dans le fond de la cupule metallique.
Les explants nous ont beaucoup appris sur le phénomène de ruine.
La première cause est la forme des cols fémoraux employés à l’époque.
– trou d’extraction
– cols rugueux
– cols anguleux
– cols massifs qui seront désormais à proscrire avec une double articulation.
Nous avons également appris avec ces explants que le PE tourne régulièrement dans le cotyle métallique.
La 2e cause des échecs rencontrés est le dessin de la cupule métallique
Nous avons vu des conflits entre la cupule et le col au niveau des cornes latérales du cotyle de BOUSQUET.
Ces même cornes ajouté à la faiblesse du matériau employé pour la cupule métallique, faisait que de temps à autres le liner se retrouvait pincé et donc bloqué dans une position fixe.
Toujours à cause de ces cornes, nous avions parfois des douleurs et des tendinites du psoas
Enfin, si le cotyle original de BOUSQUET tenait très bien par sa seule fixation tripode, les explants ont montré l’absence de fixation osseuse secondaire.
Alors en 1997, après le décès de Gilles BOUSQUET, l’héritage qu’il nous laissa sur la double mobilité était le suivant :
Le principe d’une grosse tête convexe en PE dans une cupule pressfit métallique était indiscutablement la solution pour pallier nos problèmes du quotidien dans la quasi totalité de nos indications.
Cependant il restait des imperfections et des échecs
Nous avons donc décidé de faire évoluer la cupule double articulation originale de Bousquet, fort de son expérience et de celle des membres du groupe GILES, tel Daniel NOYER et Philippe GIRARDIN, qui implantent des double-mobilités depuis 1977.
Chapitre suivant : Historique du développement et de la conception de la Polarcupique








